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Eh oui, il faut s'y faire, le jazz français regorge maintenant d'impeccables musiciens. Tous instrumentistes sans peur, tous compositeurs sans reproche. Jean-Philippe Yiret est le maître d'oeuvre de ce très impressionnant "Considérations". Patiemment, intelligemment, il attendait son heure tout en faisant son miel d'expériences jazzistiques aussi nombreuses que variées, allant du trio de Stéphane Grappelli aux Primitifs du Futur en passant par l'accompagnement d'Emmanuel Bex ou de Lee Konitz. II s'était forgé une réputation de contrebassiste inspiré au jeu sans faille; jugeant que l'heure était venue, Jean-Philippe Yiret se découvre maintenant le démiurge et l'archiIecte d'un univers musical personnel fort original. Pour mieux le décrire, il s'est entouré d'Edouard Ferlet, remarquable pianiste, auteur de lode 131, Microwave, Zazimut et d'Antoine Banville, signataire de Balad, qui fournit à la batterfe le soutien (ou la contradiction) qu'il faut quand il faut. Après Madame Loire, La fable du thon et Une vie simple, on n'a qu'une envie : suivre plus avant le trio Viret-Ferlet-Banville. Ils doivent bien dissimuler encore quelques atouts dans leurs manches. |
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Au
commencement, il y a Bex. D'abord rencontré dès l'âge de trois ans dans
l'école maternelle à Caen, puis retrouvé à dix-sept ans pour prendre de
cours de piano, Emmanuel Bex fut pour Jean-Philippe celui par qui le jazz
arriva par hasard, par effraction dans sa vie. En 1976, à cet âge tendre,
le futur amant de l'Hammond était déjà dans sa ville un jazzman reconnu
qui tournait avec Michel Dubourg (contrebasse), Michel Douville (batterie)
et Denis Vokuere(guitare). "Emmanuel, se souvient Jean-Phitippe Viret,
n'était pas trop pédagogue à cette époque. L'important c'est qu'il fut
tout de suite mon copain. Un accident de moto et une semaine d'hosto ensemble
eurent vite fait vite de resserrer définitivement nos liens d'amitié."
Quand Bex, à l'invitation de son père, accepte en 1977 le poste d'accompagnateur
au conservatoire de Bordeaux, Jean-Philippe Viret, qui vient d'abandonner
le logis familial, décide sans hésiter de suivre son "pote" en Gironde.
"Mets- toi à la contrebasse, me conseille Bex qui, pour m'encourager,
m'affirme : "je suis sûr que dans trois mois tu joueras mieux que Michel
Dubourg" qui était à l'époque "la" référence caennaise en matière de contrebasse.
Cela a tout de suite fait tilt dans ma tête. Mais j'ai bien sûr vite déchanté
et compris tout le travail qui m'attendait." Du coup, Jean-Philippe s'inscrit
au conservatoire dans la classe de Jean-Paul Macé, frère de Philippe,
qui lui conseille d'aller voir l'arrière petit-fils d'un luthier bordelais
nommé Guillot. "Je lui ai acheté une contrebasse au prix exorbitant pour
moi à l'époque de... huit cents francs. C'est avec ce même instrument
que j'ai tourné pendant huit ans avec Stéphane Grappelli." Coup de chance
! Avec le trio Bex, il gagne en 1979 lors du concours Sigma un prix superbe
offert par Alain Guerrini : une année de scolarité au Cim, l'école de
jazz parisienne. Pendant un an, Viret y suivra avec assiduité les cours
de Patrice Caratini avant de parfaire pendant trois ans ses connaissances
au conservatoire de Versailles pour recevoir l'enseignement éclairé de
Jacques Cazauran, professeur classique très ouvert qui initia aux secrets
de l'instrument moult contrebassistes de jazz comme Jean-François Jenny-Clark
et Henri Texier. Pendant ces années d'apprentissage, pour gagner sa vie,
Jean-Philippe joue tous les soirs dans un cabaret de Montmartre, le Tire-bouchon.
II y cotoie Zool Fleischer, Richard Portier, Dominique Lemerle et y apprend
"sur le tas" son métier d'accompagnateur. En 1981, il participe à la création
de l'Orchestre de contrebasses, ensemble drôle et grave imaginé par Christian
Gentet. "C'est pour moi une histoire importante qui continue aujourd'hui
et m'a permis de développer mon goût de I'écriture et provoquer l'envie
de continuer dans cette voie." Pendant toute une décennie, Viret jouera
au sideman idéal, faisant son miel de ses rencontres variées et fructueuses
avec, par exemple Marc Ducret, Simon Goubert ou Lee Konitz. A leurs côtés,
il y devient un contrebassiste efficacement "tout terrain". "Sans être
le meilleur dans un domaine particulier le tempo, l'improvisation comme
la justesse avoue-t-il aujourd'hui, je pense avoir une palette assez large
et libre." Fin 1989, tout bascule dans sa vie. Stéphane Grappelli lui
demande de remplacer Jack Sewing dans son trio. Jean-Philippe, jusqu'à
l'ultime concert de notre "Chagall du jazz" en Nouvelle-Zélande, restera
pendant huit années, son fidèle accompagnateur. "Stéphane était un personnage
extraordinaire dont l'humour détonant, la curiosité permanente, l'intelligence
musicale et humaine furent pour moi une école du jazz mais surtout de
la vie. " La maturité est une longue patience. Et "le temps qu'il faut
à un homme pour accoucher de lui-même", comme dit Cioran, n'est pas toujours
celui qu'on croit. Ce n'est que la quarantaine atteinte que Viret consent
enfin à devenir ce qu'il est aujourd'hui : un leader naturel, un compositeur
amoureux des formes intensément harmoniques et des rythmes savamment impairs,
un musicien accompli et complet. Avec la complicité d'Edouard
Ferlet
(piano) et Antoine Banville (batterie), il ose désormais montrer sa vraie
personnalité et monter "un trio de contre-bassiste". "Comme j'ai commencé
la musique relativement tard, j'ai été pressé de rattraper le temps perdu.
J'ai eu à régler d'abord le problème instrumental, ensuite musical, aujourd'hui
artistique." Conclusion : "je peux enfin m'affirmer musicien ". Pascal Anquetil |
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